Après le diagnostic de TDAH ce que j’aurais voulu savoir

Par Catherine Saudan, enseignante spécialisée, Suisse romande

Quand la question de la médication s’est posée pour mon propre enfant, j’ai réalisé à quel point j’étais mal équipée pour y répondre, moi qui travaille pourtant chaque jour avec des enfants présentant des profils neurodéveloppementaux. Pas par manque d’information sur le TDAH. Par manque d’information sur ce que représente vraiment le fait de ne pas traiter.

C’est ce manque-là que cet article cherche à combler. Il ne plaide ni pour ni contre la médication. Il cherche à poser ce dont on parle rarement à côté de ce dont on parle beaucoup, pour que la décision puisse se prendre avec tous les éléments sur la table. Ce choix appartient aux familles, avec leur médecin. Pas à un article.

Ce qu’est le méthylphénidate et comment il agit

Le méthylphénidate est le médicament le plus prescrit dans le traitement du TDAH. On le connaît sous différents noms selon les pays : Ritaline, Concerta, Medikinet. C’est un stimulant, ce qui surprend souvent. On se demande comment un stimulant peut aider un enfant qui bouge déjà beaucoup.

La réponse est dans le fonctionnement du cerveau avec un TDAH. Certains circuits cérébraux, ceux qui permettent de freiner une impulsion, de maintenir son attention ou de passer d’une tâche à une autre, fonctionnent en sous-régime. Ils manquent de carburant. Le méthylphénidate agit précisément sur ces circuits en augmentant la disponibilité de certains messagers chimiques du cerveau. Il ne calme pas l’enfant au sens où il l’endormirait. Il lui donne accès à une régulation que son cerveau peine à atteindre seul. C’est pour ça que l’effet peut sembler paradoxal de l’extérieur, mais qu’il est tout à fait logique sur le plan neurologique.

Il existe différentes formulations, à effet court ou prolongé, ce qui permet d’adapter la prescription à la journée de l’enfant, à son âge et à ce dont il a besoin à l’école comme à la maison.

Les effets secondaires réels

Parler honnêtement de ce médicament, c’est aussi parler de ce qu’il peut provoquer. Les effets secondaires les plus fréquents sont la perte d’appétit, surtout le midi, des difficultés à s’endormir le soir, des maux de tête ou des douleurs au ventre en début de traitement, et parfois une irritabilité en fin de journée quand l’effet du médicament se dissipe. Chez certains enfants, une légère baisse de la vitesse de croissance a été observée sur le long terme, ce qui est surveillé régulièrement par le médecin.

Ces effets existent et méritent d’être pris au sérieux. Ils sont aussi, dans la grande majorité des cas, liés à la dose : un ajustement suffit souvent à les réduire. Et ils disparaissent à l’arrêt du traitement. C’est précisément pour ça que le suivi médical régulier est indispensable : pour adapter, ajuster, et réévaluer au fil du temps.

Les autres options

Le méthylphénidate n’est pas le seul chemin possible. D’autres médicaments existent pour les enfants qui le tolèrent mal ou pour qui il n’est pas adapté. Le médecin spécialiste est la bonne personne pour en discuter en fonction du profil spécifique de l’enfant.

En dehors des médicaments, plusieurs approches ont fait leurs preuves. Les thérapies comportementales aident l’enfant à développer des stratégies concrètes pour gérer ses difficultés au quotidien. L’accompagnement des parents, avec des professionnels formés, permet de mieux comprendre le fonctionnement de l’enfant et d’adapter ce qu’on lui demande. Les aménagements à l’école, comme plus de temps pour les évaluations, une place en avant de la classe ou des tâches découpées en petites étapes, peuvent changer considérablement le vécu scolaire.

L’activité physique régulière mérite aussi d’être mentionnée. Plusieurs études montrent qu’elle a un effet positif réel sur l’attention et la capacité à gérer ses émotions chez les enfants présentant un TDAH.

Ces approches ne remplacent pas toujours la médication. Elles la complètent souvent, et elles constituent une base solide quand la médication n’est pas encore envisagée ou n’est pas souhaitée.

Ce dont on parle rarement : les risques de ne pas traiter

C’est le cœur de cet article. Et c’est souvent la partie la plus absente des conversations entre parents, alors que la recherche scientifique le documente depuis des décennies.

Beaucoup de familles évaluent les risques de la médication. Très peu évaluent les risques de l’absence de prise en charge. Ces risques sont pourtant réels, concrets, et ils s’accumulent avec le temps.

À l’école d’abord. Un enfant dont les difficultés d’attention et d’impulsivité ne sont pas compensées se retrouve régulièrement en situation d’échec. Non pas parce qu’il n’est pas capable, mais parce que les conditions ne lui permettent pas d’accéder à ce dont il est capable. Ces échecs répétés laissent des traces. L’estime de soi se construit en grande partie dans les premières années de scolarité. Un enfant qui entend, année après année, qu’il pourrait faire mieux s’il faisait des efforts, alors qu’il fait déjà des efforts considérables, intègre progressivement une image négative de lui-même qui est difficile à défaire ensuite.

Sur le plan émotionnel, les enfants présentant un TDAH non accompagné sont plus souvent touchés par l’anxiété et la dépression. La somme des difficultés, les conflits répétés à la maison et à l’école, la peine à se faire des amis et à les garder, tout cela pèse. Et ça pèse souvent en silence, parce que l’enfant ne sait pas toujours nommer ce qu’il vit.

Il y a aussi quelque chose que peu de parents connaissent : le risque physique. La littérature documente de façon consistante que les jeunes conducteurs présentant un TDAH sont nettement plus exposés aux accidents de la route et aux infractions. C’est l’un des domaines les mieux répliqués dans la recherche sur le TDAH, depuis les travaux fondateurs de Barkley et al. (1993) jusqu’aux études plus récentes recensées dans le consensus international de Faraone et al. (2021). Dès l’enfance, l’impulsivité et la difficulté à anticiper le danger se traduisent par un risque plus élevé de blessures involontaires, de chutes, d’accidents domestiques. Ce ne sont pas des maladresses. Ce sont des manifestations directes du TDAH, avec des conséquences concrètes sur la sécurité au quotidien.

À l’adolescence et à l’âge adulte, le risque d’aller chercher ailleurs ce que le cerveau ne parvient pas à réguler seul est documenté. Les personnes ayant présenté un TDAH non accompagné durant l’enfance ont plus de deux fois plus de risque de développer un problème avec l’alcool ou d’autres substances (Lee et al., 2011). L’alcool, le cannabis, parfois d’autres produits, peuvent devenir une façon de calmer ce que rien d’autre ne calme. Ce n’est pas une fatalité. Mais c’est une réalité qu’on doit nommer pour mieux la prévenir.

Et puis il y a le quotidien à l’âge adulte, dont on parle encore moins. Les factures oubliées, les rendez-vous manqués, les dépenses faites sur une impulsion, les projets commencés et jamais terminés. Ce ne sont pas des manques de volonté. Ce sont les traces concrètes, dans la vie de tous les jours, d’un cerveau qui peine à s’organiser, à planifier et à maintenir l’effort sur ce qui ne l’intéresse pas. L’impact sur la vie professionnelle, financière et relationnelle peut être important, et il reste souvent invisible aux yeux de l’entourage.

Ces informations ne sont pas là pour remettre en question les décisions déjà prises. Beaucoup de familles ont fait un choix réfléchi, accompagné, adapté à leur enfant et à leur contexte. Ce choix mérite d’être respecté. Ce que cet article cherche à éviter, c’est l’autre situation : celle où la décision de ne pas traiter se prend sans avoir eu accès à ces informations. Non pas par conviction, mais par manque d’information. C’est cette asymétrie-là qui pose problème.

La vraie question n’est donc pas seulement « est-ce que je prends le risque de la médication » mais aussi « est-ce que je mesure le risque de ne pas accompagner ? »

Ce que ça implique pour la décision

Cette décision appartient à la famille. Elle se prend avec un médecin spécialiste qui connaît l’enfant, son histoire, son contexte. Elle n’est pas irréversible. Elle peut être réévaluée, ajustée, suspendue. Elle ne se prend pas en une consultation et elle ne se prend pas sous pression dans un sens ou dans l’autre.

Ce que les parents peuvent faire, c’est arriver aux rendez-vous médicaux avec leurs questions, demander qu’on leur explique ce qui est attendu et ce qui est possible, et ne pas rester seuls avec la décision. Les enseignants, les thérapeutes, le médecin de famille peuvent tous faire partie de la conversation.

Un enfant présentant un TDAH mérite un accompagnement qui le prend en entier : médical si nécessaire, thérapeutique, scolaire et familial. Aucune de ces dimensions ne suffit seule. Et aucune ne devrait être écartée par peur, sans avoir d’abord cherché à comprendre ce qu’elle peut apporter.

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2 commentaires

  1. Excellente question autour de laquelle l’article s’articule et y répond de manière fort intéressante. Merci Catherine.

    1. Merci Marc. La question est effectivement celle qui revient le plus souvent dans les familles, et elle méritait d’être posée sans esquiver ni l’un ni l’autre côté. Contente que la lecture ait résonné.

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